Une année de changements numériques et économiques : ce qui attend les médias en 2021

18 janvier 2021 • Économie des médias, Formats et pratiques, Innovation et numérique, Récent • by

2021 sera « une année de changements numériques profonds et rapides ». Source: Shutterstock.

Progression des abonnements, essor des nouveaux formats innovants, diversification des revenus, nouveaux équilibres entre travail en présentiel et à distance, voici en substance ce qui attend les médias en 2021, selon les prévisions du nouveau rapport Journalism, Media, and Technology Trends and Predictions 2021 du Retuers Institute.

A peine commencée, la nouvelle année s’ouvre toujours sous le signe de la pandémie. Si cette dernière a profondément bouleversé le marché, les pratiques et les cultures journalistiques, la portée de ces changements ne sera pleinement visible qu’au cours de 2021.

C’est ce qu’argumente Nic Newman, Senior Research Associate au Reuters Institute, dans un nouveau rapport qui explore les tendances et l’évolution du journalisme numérique en 2021.

Selon Newman, 2021 sera « une année de changements numériques profonds et rapides », ainsi que de « transformations économiques ». Les nouveautés imposées par la situation sanitaire, les évolutions que celle-ci a accélérées et les innovations qu’elle a favorisées seront au cœur de l’action des médias au cours des 12 prochains mois.

A quoi faut-il donc s’attendre en 2021 ? Les perspectives sont malgré tout relativement positives, même si les difficultés et les préoccupations ne manquent pas. Ce qui est sûr, c’est que la réalité sera différente par rapport à l’ère pré-coronavirus, prévient Nic Newman : « nous nous dirigeons vers un monde où le physique et le virtuel coexistent de manière nouvelle ».

1. Les pratiques

Parmi les conséquences les plus concrètes de la pandémie il y a sûrement le travail à distance. Au début, mettre en place une rédaction confinée n’a souvent pas été facile, mais, une fois les obstacles techniques surmontés, les médias « ont découvert qu’il était possible de créer des journaux, des sites web et même des émissions télévisées depuis les chambres à coucher, les salons et les cuisines ».

Cette nouvelle manière d’opérer soulève plusieurs questions relatives à l’organisation du travail et à l’équilibre entre le travail à distance et en présentiel, surtout en vue de la fin de la crise sanitaire. Si certains journalistes interrogés dans le rapport saluent l’efficacité du télétravail, d’autres s’inquiètent de ses conséquences sur la créativité et les relations personnelles.

  • Nouveaux équilibres

Pour Nic Newman, l’un des principaux défis sera de « savoir comment passer du mode de crise à un modèle hybride durable », mélangeant travail à distance et en présentiel. Il faut donc s’attendre à « une certaine agitation lorsque de nouvelles pratiques de travail seront mises en place et que de nouveaux accords entre la direction et les syndicats seront conclus », détaille-t-il.

Une autre conséquence physique du Covid-19 a été le confinement, qui a creusé un fossé entre les journalistes et leurs audiences. Il est donc probable qu’avec la fin de la pandémie, les journalistes sortiront davantage des rédactions, seront plus présents sur le terrain et s’intégreront davantage dans les communautés.

2. Les contenus

Dès le début de la pandémie et lors des élections présidentielles américaines, beaucoup de médias ont mis en place de nouveaux formats innovants, en démontrant leur capacité à « illustrer et expliquer de manière simple des sujets compliqués ». Selon Nic Newman, des pratiques telles que le data journalisme et les narrations visuelles continueront de prendre de l’ampleur en 2021.

Pendant la pandémie, les médias ont démontré leur capacité à « illustrer et expliquer de manière simple des sujets compliqués ». Source: capture d’écran.

Le « rythme de l’innovation » restera donc soutenu cette année, mais, avec peu d’argent à disposition pour de nouveaux investissements, les médias vont probablement se concentrer sur l’amélioration de ce qui existe déjà, plutôt que de créer des produits entièrement nouveaux.

3. Les stratégies économiques

La pandémie a aussi accéléré une tendance qui était déjà, bien que lentement, en cours : la progression du nombre de personnes payant pour s’informer. Selon l’entreprise de logiciels Zuora, entre mars et mai 2020 le nombre moyen d’abonnements aux sites d’information a augmenté d’environ 110% par rapport à la même période de l’année précédente.

Cela soulève la « question brûlante » de savoir comment retenir tous ces nouveaux abonnés, susceptibles de partir dès que les conditions économiques empirent. Pour l’auteur du rapport, les éditeurs vont probablement miser sur des offres bon marché et une tarification différenciée (abonnements moins chers pour les étudiants et les personnes issues de milieux défavorisés).

Pour de nombreux médias, les revenus numériques dépassent désormais ceux du print, ce qui leur permet « d’entrevoir un avenir durable ». Cette situation ne concerne toutefois qu’une poignée de gros titres, qui se partagent la plupart des nouveaux abonnements. Il s’agit de la dynamique du winner takes it all (« le gagnant rafle toute la mise »), qui continuera donc de dominer le marché de l’information.

  • Diversifier les sources de revenus

De plus, explique Nic Newman, « les éditeurs qui continuent à dépendre des revenus du print ou de la publicité numérique seront confrontés à une année difficile » et devront s’attendre à de nouvelles concentrations, des opérations de réductions des coûts et même des fermetures.

La pandémie a en effet montré à quel point la dépendance à l’égard des revenus publicitaires peut être dangereuse. Pour cette raison, beaucoup affirment qu’il faut chercher une autre approche, basée sur de multiples sources de revenus.

A cet égard, Nic Newman a identifié certains secteurs de croissance potentielle. Le premier est le e-commerce : BuzzFeed a par exemple créé sa propre gamme de produits de cuisine, alors que plusieurs médias ont lancé des sites d’avis (Wirecutter du New York Times, IndyBest du Independent), dont le succès « contribue de manière significative à leurs résultats financiers ».

Les médias se lancent dans le e-commerce: voici quelques exemples. Source: capture d’écran.

Les médias pourraient aussi, en suivant l’exemple des grosses plateformes, vendre les abonnements d’autres personnes : « les organismes de presse qui ont un bon ciblage des données peuvent être en mesure d’aider les détaillants à trouver les bons clients », détaille Nic Newman. Les évènements virtuels, moins chers, plus faciles à organiser et attirant un public plus nombreux, peuvent servir comme point de départ pour construire des relations avec des nouveaux utilisateurs.

Cet article est publié sous licence Creative Commons (CC BY-ND 4.0). Il peut être republié à condition que l’emplacement original (fr.ejo.ch) et l’ auteure soient clairement mentionnés, mais le contenu ne peut pas être modifié.

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