Comment Heidi.news a transformé la crise du COVID en rampe de lancement

14 octobre 2020 • À la une, Économie des médias, Formats et pratiques • by

Loin d’avoir coulé la jeune start-up média, la crise a permis à Heidi.news de s’installer dans le paysage médiatique suisse et français. Image : AS

Créé en mai 2019 comme un « média suisse de précision » sur la science, la santé et l’innovation, Heidi.news a réussi à imposer son expertise durant la crise du coronavirus. De janvier à avril 2020, le site est passé de 65’000 à 985’000 visiteurs uniques, avec une augmentation des lecteurs français de 30 à 50% en avril. Après le confinement, le trafic s’est stabilisé à 35’0000 visiteurs uniques, soit 5 fois plus qu’en début d’année. Quant aux abonnements, ils ont doublé depuis le début de l’année, pour atteindre la barre des 5000. 

Interviewé lors du News Impact Summit Online 2020, Paul Ackermann, rédacteur en chef d’Heidi.news est revenu sur les recettes de ce succès.

1. Apporter une expertise à haute valeur ajoutée

Dès son lancement, Heidi.news a misé sur un traitement de l’information par des « ultra-spécialistes ». Une des clés de la réussite durant la crise fut la capacité du média à proposer des articles prospectifs à haute valeur ajoutée qui font événement et répondent avec expertise aux questionnements du grand public.

« Ces articles commençaient souvent avec un « pourquoi » ou un « comment » en titre et étaient illustrés d’un graph, essentiel pour aider à la visualisation de sujets complexes. Aujourd’hui, lorsque l’on revient sur certains de ces articles, ils semblent évidents, mais avant même le confinement titrer « pourquoi il ne faut pas espérer un retour à la normale dans les prochains mois » ou « Italie ou Suède, pourquoi il n’y a ni mauvais élève no premier de la classe » lorsque l’Italie était pointée du doigt et la Suède portée aux nues était très surprenant voire à contre-courant », a expliqué Paul Ackermann.

Cette expertise, Heidi.news l’a mise au service du plus grand nombre en partageant certain de ces papiers gratuitement en signalant leur caractère nécessaire dans le débat public.

Il y a un an et demi, on partait sur un site spécialisé à destination des universitaires. C’est aujourd’hui un média qui utilise l’expertise universitaire pour répondre au grand public.

Durant la crise, Heidi.news a mis à disposition gratuitement des articles jugés importants pour le débat public. Image : Heidi.news

2. S’adapter au public

Le site d’Heidi.news offre la possibilité à ses abonnés de poser une question à la rédaction via son site web. Cette fonctionnalité est devenue « un moteur » durant le confinement.

Une des pierres angulaires du journalisme, c’est d’être à l’écoute du lecteur. Si on n’a pas d’input direct du lecteur, on peut essayer de se mettre à sa place. Il n’y a pas de meilleur moyen pour cela que de lui confier le choix des sujets que l’on va couvrir dans ce genre de période.

Selon Paul Ackermann, ce fut un service utile rendu aux abonnés et le succès d’audience a dépassé largement leur nombre.

Lire aussi : Comment les médias suisses ont-ils couvert la crise du coronavirus ?

3. Réinventer l’existant

La réinvention de sa newsletter du soir est un autre exemple de la flexibilité dont Heidi.news a su faire preuve.

Avant la crise, « Le Point Sciences » était envoyé d’une université différente chaque soir.

Au premier jour du confinement, il a été transformé en deux jours en newsletter spécialisée envoyée chaque soir d’un hôpital différent, baptisée « Le Point Coronavirus ». Cela a permis au journal d’être au plus près de la vie hospitalière, de recueillir des témoignages de soignants, de directeurs, de chercheurs…

À la fin du confinement, la newsletter fut repackagée « Sortir de la crise », avec un accent mis sur les sciences, l’économie, la santé, l’éducation et la culture, cinq domaines particulièrement impactés par la crise. Des pigistes spécialisés ont été recrutés en une semaine pour le projet.

La newsletter du soir n’a pas fini d’évoluer. Il sera bientôt possible de s’abonner à cinq newsletters hebdomadaires spécialisées sur les cinq secteurs précédemment cités.

« On continuera de suivre les effets de la crise, mais ces newsletters vont certainement devenir de plus en plus généralistes sur l’actualité de ces domaines particuliers » a annoncé le rédacteur en chef.

Grâce à cette réinvention permanente, la newsletter du soir a quadruplé ses abonnés, passant de 3’000 à plus de 11’500 inscrits depuis le début de l’année.

Chez Heidi.news, la ligne éditoriale des newsletters s’adaptent en fonction de l’actualité et contribuent au succès du média. Image : Heidi.news

La newsletter matinale, plus généraliste et envoyée d’une ville différente du monde tous les matins, est aussi un succès depuis le lancement d’Heidi.news. À l’occasion des élections aux États-Unis, elle est envoyée d’une ville américaine différente ce mois-ci.

Enfin, le média vient de lancer une newsletter envoyée le dimanche soir qui résume à ceux qui y sont inscrits ce qui s’est passé durant le weekend et de permet de se préparer aux sujets importants de la semaine à venir.

4. Diversifier son offre éditoriale

Depuis le début et particulièrement durant la crise du coronavirus, le journal a cherché à développer de nouveaux produits éditoriaux, avec de nouveaux projets chaque mois : data journalisme, interviews vidéo d’épidémiologistes sur YouTube ou encore une newsletter audio automatisée reprenant celle du matin.

Paul Ackermann s’est félicité de la réactivité et du dynamisme des équipes d’Heidi.news, composée de 4 personnes pour le marketing et l’administratif, 12 journalistes et une quinzaine de pigistes et 3 développeurs sont 2 externes. « Nos développeurs sont peu nombreux, mais très réactifs. On sort des projets en quelques jours. Il y a beaucoup moins de freins que dans une grande rédaction », a-t-il affirmé.

Heidi.news a par ailleurs fait le pari des réseaux sociaux.

Sur Instagram, le média a revu sa stratégie. Si les Stories sont toujours présentes, l’accent est mis sur le fil d’actualité avec des photos reprenant le titre de l’article ou avec des carrousels qui résument un article de fond en brève de 3 informations.

Alors que l’on pourrait croire que toute l’info est dite avec ce type de format, on a noté une grosse augmentation du trafic venant d’Instagram. Depuis quelques mois, on constate qu’il y a des personnes qui s’informent sur la plateforme et qui ne sont pas là pour regarder uniquement des photos.

Le média expérimente aussi TikTok, en redécoupant ses vidéos Pop Sciences ou des interviews d’experts pour le moment.

Là encore, le bilan est réjouissant. Le taux d’engagement a explosé durant le confinement, ce qui a permis de franchir un palier en followers désormais acquis. C’est sur Instagram que le nombre d’interactions sociales par post est le plus élevé, suivi par Facebook, mais en termes de clics par post, Facebook domine encore.

Lire aussi : Comment la crise du coronavirus révèle l’importance et les limites du data journalisme

5. Trouver les bons partenaires et de nouvelles sources de revenus

Grâce à son positionnement de référence, Heidi.news a pu trouver des partenaires et des fonds pour développer des projets originaux, lancés avant la crise du Covid.

L’émission vidéo Pop Science qui utilise les codes de la pop culture pour expliquer les bases de grands concepts scientifiques est financée par trois fondations suisses visant à promouvoir la science auprès des jeunes.

Heidi.news a été mandé par le canton de Genève et la Confédération pour créer Geneva Solutions.news, une plateforme d’information journalistique sur la Genève internationale, lancée en août 2020.

Enfin, grâce à la fondation du domaine de Villette, Heidi.news propose un abonnement Jeunes à prix libre, afin que les moins de 26 ans puissent bénéficier d’un accès des jeunes à une information de qualité.

Loin d’avoir coulé la jeune start-up, la crise a permis à Heidi.news de s’installer dans le paysage médiatique suisse et français. Les chiffres d’audience témoignent du passage d’un palier de notoriété.

« C’est plus qu’un pic, c’est un acquis sur lequel on va pouvoir travailler », a conclut Paul Ackermann.

 

Cet article est publié sous licence Creative Commons (CC BY-ND 4.0). Il peut être republié à condition que l’emplacement original (fr.ejo.ch) et les auteures soient clairement mentionnés, mais le contenu ne peut pas être modifié.

Print Friendly, PDF & Email

Tags: , , , , ,

One Response to Comment Heidi.news a transformé la crise du COVID en rampe de lancement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Send this to a friend