Le journalisme mobile, un atout sur le chemin de la transformation numérique des médias

25 novembre 2019 • À la une, Formats et pratiques, Innovation et numérique • by

Image: AS

Puissant, peu coûteux et créatif, le smartphone est devenu un atout indispensable pour les rédactions. La pratique du journalisme mobile, qui consiste à produire des contenus pour et avec le mobile, présente de nombreux avantages pour tout journaliste. Elle lui permet de travailler de manière agile, autonome et en phase avec les publics. Nicolas Becquet nous livre son analyse et quelques conseils pratiques.

Sur le chemin tortueux de la transition numérique, les médias de masse sont invités à repenser leurs missions, leurs formats, leur organisation, leur modèle économique et leur rapport aux publics. Objectif, apporter une réponse aux changements profonds des modes de consommation de l’information.

Dans ce vaste mouvement de repositionnement, le smartphone tient une place centrale, tout autant comme support de consultation que comme outil de production. Produire des contenus pour le mobile et avec le mobile, à l’aide des plateformes sociales, c’est précisément l’une des vocations du journalisme mobile. Cette pratique mobilise en effet des expertises et des savoir-faire qui nécessitent de s’interroger sur les publics et les formats, deux étapes essentielles pour une transformation numérique réussie.

Le journalisme mobile représente non seulement un vecteur de transformation des pratiques individuelles, mais aussi, par capillarité, un atout pour infuser une culture numérique à l’échelle d’une rédaction.

Voici pourquoi et comment cette pratique permet de former des journalistes autonomes, agiles, en phase avec les usages et les publics et à même de décliner l’identité d’un média à travers de nouveaux formats tout en jouant un rôle d’ambassadeur.

Dans la peau d’un média

Autonomie et agilité — Qu’il réalise un direct en vidéo, un live-tweet ou une interview à destination des réseaux sociaux, le journaliste reproduit à lui seul l’ensemble de la fabrique et de la diffusion de l’information : collecte, édition, diffusion et service après-vente auprès du public. Là où, historiquement, le rédacteur constitue un des maillons d’une longue chaîne de production, il doit ici comprendre et intégrer les impératifs et les enjeux de l’ensemble de l’écosystème informationnel. Il se comporte alors de facto comme un média.

En dépassant son statut de rouage d’un système qui le dépasse, le journaliste mobile se doit aussi de se familiariser avec la mécanique, le fonctionnement et les usages propres aux plateformes employées.

La production de contenus avec un smartphone requiert donc une forte dose d’autonomie et d’agilité. Des qualités nécessaires pour s’adapter à la mutation continue des usages, des outils et des formats numériques.

En phase avec les nouveaux publics

Un journaliste in situ — Dans un climat de défiance envers les médias de masse, périodiquement accusés d’être déconnectés de la société, la proximité induite avec les internautes par les plateformes sociales représente une chance de (re)connexion avec une partie des publics.

Un journaliste qui fréquente assidûment les espaces socionumériques s’offre en effet un poste d’observation privilégié sur les préoccupations dans l’air du temps et sur les nouvelles pratiques. Baromètre des usages, le journaliste mobile peut profiter de son agilité numérique pour aller à la rencontre des nouveaux publics, sur un mode plus horizontal. Une capacité d’adaptation qu’aucune structure médiatique d’envergure ne peut endosser aisément.

Outre la réactivité offerte par le maniement d’un smartphone, présent dans toutes les poches, le journaliste mobile est en mesure de produire des contenus « natifs », c’est-à-dire des contenus conformes aux usages en mobilité. De cette manière, l’information délivrée s’insère naturellement dans les flux de l’utilisateur/lecteur et fait du journaliste un contributeur parmi d’autres, sur un terrain « tiers ».

Le journaliste-éclaireur

Réflexivité et innovation – Le smartphone, comme outil de production, permet au journaliste de se décentrer de son cadre habituel de publication et de s’éloigner des formats traditionnels associés aux médias de masse.

Vlog (Videoblogging), tutoriels, stories, podcasts… Autant de formats qui ont vu le jour à la faveur des plateformes sociales qui ont offert aux producteurs amateurs des outils et des espaces d’expression inédits. Des formats plébiscités par des publics variés à la recherche de nouveautés, tant sur le fond que sur la forme. Des formats adaptés à leurs préoccupations et à leurs usages.

Le journaliste mobile peut puiser à loisir dans cette effervescence créative pour adapter sa narration et son marketing éditorial. Une chance pour les médias qui souhaitent atteindre de nouveaux publics tout en revendiquant leur singularité éditoriale.

La combinaison d’un smartphone, d’un écosystème d’applications et des réseaux sociaux offre une panoplie d’outils sans précédent pour informer autrement et raconter de nouvelles histoires. Non contraint par un canevas formel strict ou éculé, le journaliste n’est pas obligé de faire rentrer la réalité au chausse-pied dans un format prédéfini. Il peut choisir et combiner les médias les plus adaptés à la situation : live vidéo, photo, son, image + texte, etc.

Si la production vidéo est le principal usage associé au journalisme mobile, les formats à inventer sont multiples, à l’image des « stories », ces contenus visuels, verticaux, découpés en petites bouchées que l’utilisateur peut faire défiler à loisir. Une réponse à l’essoufflement de la consommation de contenus linéaires ou de flux.

Au cœur de ces nouvelles narrations, le smartphone fait figure de formidable laboratoire pour comprendre et participer à la révolution des usages numériques. Un laboratoire mobile, puissant, créatif, peu coûteux et capable d’encaisser les revirements incessants d’un monde en évolution permanente. Un atout indispensable pour des rédactions qui souffrent d’une baisse de moyens et pour des journalistes qui peinent à trouver leur place au sein d’organisations encore largement corsetées par le dictat des formats traditionnels.

Tenté.e par le journalisme mobile ? Voici les pièges à éviter :

  • Rogner sur l’investissement de départ et miser sur une stratégie purement low cost ;
  • Négliger la formation des équipes ou opter pour des formations hors-sol ;
  • Se contenter de reproduire des formats existants ou de copier la concurrence ;
  • Partir d’un format et non de l’information ;
  • Parier sur des formats passe-partout. Un format = une situation, un enjeu ;
  • S’encombrer d’accessoires et alourdir un dispositif censé rester léger.

Pour aller plus loin

Retrouvez des conseils pour introduire le journalisme mobile dans votre rédaction dans l’ouvrage Journalisme mobile, usages informationnels, stratégies éditoriales et pratiques journalistiques, de Nathalie Pignard-Cheynel et Lara van Dievoet.

Vous cherchez du matériel pour vous lancer dans le journalisme mobile ? Retrouvez ici des conseils et des liens vers les équipements incontournables.

Cet article est publié sous licence Creative Commons (CC BY-ND 4.0). Il peut être republié à condition que l’emplacement original (fr.ejo.ch) et les auteures soient clairement mentionnés, mais le contenu ne peut pas être modifié.

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2 Responses to Le journalisme mobile, un atout sur le chemin de la transformation numérique des médias

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