Formes, sources et contenus de la désinformation sur le coronavirus

16 avril 2020 • Déontologie et qualité, Récent • by

 

En février, l’OMS annonçait que la pandémie de coronavirus était accompagnée par une vague mondiale de désinformation. Source: Pixabay.

Une équipe du Reuters Institute a examiné 225 fake news sur le coronavirus et les a classées en fonction de leur type, de leurs sources et de leurs contenus. Les conclusions du rapport soulignent le rôle joué par les personnalités publiques dans la propagation de la désinformation sur la pandémie, ainsi que l’effort déployé par les services de de fact-checking.

En février, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait que la pandémie de coronavirus était accompagnée par une vague mondiale de désinformation, ou « infodémie ». De nombreux journalistes, décideurs politiques et scientifiques ont soutenu cette déclaration, en soulignant que ce phénomène constitue une grave menace pour la santé publique.

Cristina Tardáguila, directrice associée de l’International Fact-checking Network (IFCN), a déclaré que le Covid-19 était « le plus grand défi auquel les fact-checkeurs aient jamais été confrontés ». Les médias réagissent aux fake news en publiant des articles de fact-checking, alors que les réseaux sociaux ont renforcé leurs normes communautaires et suppriment ou cachent les fausses nouvelles concernant le coronavirus. Certains gouvernements ont mis en place des unités pour contrer les contenus potentiellement dangereux.

Nous avons publié un rapport basé sur un échantillon de 225 nouvelles publiées en anglais entre janvier et fin mars 2020, classées comme fausses ou trompeuses par plusieurs services de fact-checking. Elles sont tirées d’un recueil établi par First Draft, une organisation à but non lucratif qui vise à combattre la désinformation en ligne. Ce corpus nous a permis d’identifier les principales formes, sources et affirmations de la désinformation sur le Covid-19 ayant circulé jusqu’à présent.

Nous avons systématiquement évalué chaque élément de notre échantillon et nous l’avons classé en fonction du type de désinformation, de sa source, des affirmations spécifiques qu’il contenait et de ce qui semblait être sa motivation sous-jacente. Nous avons également recueilli des données sur l’engagement que ces fausses nouvelles ont provoqué sur les réseaux sociaux, afin d’obtenir une indication de leur portée relative. Voici nos principales conclusions.

1. Ampleur : croissance massive du fact-checking sur le Covid-19

Les fact-checkeurs indépendants ont réagi rapidement à la quantité croissante de fausses informations concernant le Covid-19. Le nombre d’articles vérifiés par les services de fact-checking anglophones a augmenté de plus de 900% entre janvier et mars. Pourtant, ceux-ci ont des ressources limitées et ne peuvent pas vérifier tous les contenus problématiques, ce qui laisse supposer que le volume total de la désinformation ait augmenté encore plus rapidement.

Le nombre de fact-checks anglophones a augmenté de plus de 900% entre janvier et mars.

2. Forme : seule une petite partie de la désinformation sur le coronavirus est complètement fabriquée

La plupart (59%) des fake news de notre échantillon n’ont pas été totalement fabriquées. Elles sont basées sur des informations authentiques qui ont été détournées, tordues ou recontextualisées. Plus nombreuses, celles-ci sont aussi plus visibles : leur taux d’engagement sur les réseaux sociaux s’élève à 87%. Les fausses nouvelles entièrement fabriquées représentent, quant à elles, 38% du total.

Malgré les grandes inquiétudes qui ont été soulevées récemment, dans notre échantillon nous n’avons trouvé aucun exemple de deepfakes, ces fausses vidéos réalisées grâce à l’intelligence artificielle. Il s’agit plutôt de contenus beaucoup moins élaborés, appelés cheap fakes parce que réalisés avec des outils plus simples et « bon marché ».

Les types de désinformation selon la classification de Claire Wardle.

3. Sources : la désinformation provient des citoyens ordinaires aussi bien que des politiciens

Seulement 20% des fausses informations de notre échantillon ont été diffusées par des politiciens, des célébrités et d’autres personnalités publiques (désinformation top-down). Pourtant, elles représentent 69% des interactions sur les réseaux sociaux.

Inversement, les fake news provenant de citoyens ordinaires semblent générer beaucoup moins d’engagement, même si elles représentent la plupart de la désinformation circulant sur les plateformes. Cependant, notre analyse n’a pas permis de saisir leur portée dans les groupes privés et les applications de messagerie, où probablement cette désinformation ascendante (bottom-up) circule en abondance.

Désinformation ascendante et descendante.

4. Contenus : une grande partie de la désinformation concerne les actions des autorités publiques

Les informations trompeuses ou fausses concernant les actions ou les politiques des autorités publiques, y compris les gouvernements et les organismes internationaux comme l’OMS ou l’ONU, constituent la plus grande catégorie d’affirmations identifiées. Elles concernent 39% des éléments de notre échantillon.

Une grande partie des fake news remettent en question les actions, la compétence ou la légitimité des autorités publiques.

5. Réactions : les plateformes ont réagi à une grande partie, mais pas à la totalité, des fake news

Les réseaux sociaux ont réagi à la vague de faux contenus qui les a envahis, en supprimant ou étiquetant la majorité d’entre eux. Il existe cependant des variations importantes d’une plateforme à l’autre. Sur Twitter, 59% de ces posts n’ont pas été supprimés. Sur YouTube, 27% sont restés en ligne, et sur Facebook, 24%.

Conclusions et recommandations

Les médias indépendants, les fact-checkeurs et les actions menées par les plateformes jouent un rôle important dans la lutte contre la désinformation sur le virus. Une grande partie des fake news remettent en question les actions, la compétence ou la légitimité des autorités publiques, ce qui suggère qu’il sera difficile pour ces institutions d’y répondre directement. En revanche, les fact-checkeurs indépendants peuvent fournir une analyse sérieuse de la désinformation, tout en aidant les plateformes à identifier les contenus trompeurs et problématiques, alors que les médias peuvent rendre compte de la manière dont les gouvernements et les autorités réagissent (avec plus ou moins de succès) à la pandémie.

Notre analyse a également révélé que des personnalités publiques continuent de jouer un rôle démesuré dans la diffusion d’informations erronées sur le Covid-19. Bien que seul un petit pourcentage des fausses nouvelles de notre échantillon provienne de personnalités politiques ou publiques, ces affirmations suscitent souvent un engagement très élevé sur les réseaux sociaux.

La volonté de certains médias de révéler et démentir les mensonges et les affirmations erronées de certains politiciens peut contribuer à contrecarrer cette tendance, tout comme les mesures prises par les plateformes. Twitter, Facebook et YouTube ont par exemple récemment supprimé certains posts trompeurs partagés par le président brésilien Jair Bolsonaro, ce qu’à notre avis constitue une étape importante dans la lutte contre la désinformation.

Malgré les efforts déployés par les fact-checkeurs, il ne faut pas oublier que ceux-ci disposent de ressources limitées, qui ont été réaffectées pour mieux lutter contre la désinformation sur le Covid-19. Il est important qu’ils coordonnent mieux leur travail afin d’éviter tout chevauchement dans le contrôle des informations. Et même si contrer les fausses nouvelles sur la pandémie est actuellement la priorité, la vérification des fake news sur d’autres sujets ne doit pas être négligée. Étant donné l’importance du fact-checking, nous ne pouvons qu’espérer que davantage de donateurs seront disposés à soutenir leur travail à l’avenir.

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