Les « cheapfakes » : un outil de propagande dangereux

27 septembre 2021 • À la une, Déontologie et qualité, Médias et politique, Récent • by

Image : Pixabay. De nos jours, la manipulation d’images est une pratique courante et de plus en plus répandue.

Aujourd’hui, une légère manipulation suffit pour modifier le message d’une photographie. Baptisées « cheapfakes », ces transformations d’images bon marché peuvent être réalisées par n’importe qui et deviennent donc de plus en plus populaires. Si les motivations derrière de telles pratiques relèvent parfois uniquement du divertissement, elles sont également utilisées à des fins de propagande.

Manipuler des images dans le but de leur attribuer un faux contexte ou de transmettre de fausses informations est une pratique courante de nos jours. Baptisée « deepfake », cette tendance est facilitée par l’accès à du matériel coûteux et des mécanismes d’intelligence artificielle capable de créer des faux convaincants en haute définition.

La manipulation d’images « bon marché »

Récemment, ces pratiques ont suscité de plus en plus d’inquiétudes. En effet, si de tels cas existent depuis la découverte de la photographie, les avancées technologiques les rendent bien plus fréquentes. Cela a donné naissance à une autre version de ces trucages appelée « cheapfake ». Ces productions grossières diffèrent ainsi des « deepfakes » techniquement bien plus sophistiquées. Ces dernières vont, en effet, jusqu’à montrer une personne disant ou faisant quelque chose qu’elle n’a jamais réellement dit ou fait.

Dans le cas des « cheapfakes », cette pratique est de plus en plus courante, car elle ne nécessite qu’un logiciel de base sur un ordinateur ou un téléphone portable. Une légère manipulation suffit donc pour modifier le message d’une photo. L’expérience nous montre que les motivations derrière de telles manipulations peuvent être multiples. Elles peuvent autant relever du divertissement que de motivations politiques. En plus de ces deux motifs, il existe également un avantage financier à entreprendre de telles manipulations.

Un exemple de ce type de manipulation à des fins politiques est celle de l’image ci-dessous. Il s’agit d’un cas de « cheapfake », car l’auteur a manipulé cette image en cherchant à déformer la vérité. La photo de droite a été publiée par l’agence Reuters en 1999. Elle montre Sherife Luta, une femme albanaise qui, avec 2000 autres réfugiés, cherchait à entrer en Macédoine du Nord, au poste frontière de Blace. Cette photo est d’ailleurs considérée comme l’un des plus puissants clichés jamais pris par les photographes de Reuters.

L’image manipulée (à gauche) comparée à l’originale (à droite).

Deux décennies plus tard, la même photo est republiée en ligne. Elle est cependant retouchée pour servir d’outil de propagande. L’image modifiée vise à persuader le spectateur que la même femme est une victime serbe d’un bombardement de l’OTAN et est publiée par l’ambassade de Russie en Afrique du Sud sur son fil Twitter.

L’idée derrière cette manipulation est, semble-t-il, d’appuyer le récit de la Serbie et de la Russie concernant l’intervention – jugée injustifiée – de l’OTAN au Kosovo en 1999. Le « cheapfake » dépeint une survivante du bombardement de l’OTAN, alors qu’il s’agit, en réalité, d’une réfugiée albanaise qui a été forcée de quitter sa maison par les forces serbes.

Quelques pistes pour déceler les fausses informations

La propagande se nourrit de l’ignorance et de la désinformation. Les diplomates russes ont utilisé cette photographie délibérément dans une partie du monde où les gens connaissent peu le Kosovo.

Mais si les photos manipulées peuvent en tromper certains, elles sont également plutôt faciles à déceler. Vous pouvez, par exemple, utiliser les indices et les comparaisons de l’option « Rechercher une image avec Google », pour déterminer si une image a été manipulée ou non. Parmi les autres ressources de vérification d’image, citons TinEye, qui vous indique quand la photo a été initialement publiée en ligne. Egalement, fotoforensics.com, un outil gratuit qui détermine si une photo a été retouchée et, si oui, quelles en sont les parties modifiées.

Un autre exemple d’image de Sherife Luta trafiquée par une agence de presse russe.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la photo de Sherife Luta est utilisée à des fins de propagande. La même image est apparue dans une émission d’une agence de presse de l’État russe en août 2014. Cette fois, elle était présentée comme une victime serbe des bombardements de l’OTAN. Les autres réfugiés sont effacés de l’image alors qu’un bâtiment bombardé y a été ajouté en arrière-plan.

Pourquoi nous devrions tous interroger nos sources

Nous ne connaissons pas encore précisément l’impact des « cheapfakes » sur l’opinion publique. Mais nous savons, en revanche, que pendant des années la Russie a diffusé des informations erronées dans le monde entier à propos de la guerre au Kosovo.
La manipulation de photographies peut créer des récits basés sur des contre-vérités, qui peuvent à leur tour influencer l’opinion de la population. C’est pourquoi il est important de sensibiliser le public à l’utilisation répandue de fausses images « bon marché » et de reconnaître que certains gouvernements utilisent cette pratique comme un outil de propagande.

L’une des leçons les plus importantes que nous pouvons enseigner à la prochaine génération est d’interroger correctement leurs sources et d’évaluer soigneusement toutes informations visuelles afin de déceler les manipulations trompeuses et dangereuses.

Cet article a été initialement publié sur le site anglophone de l’EJO.

Les opinions exprimées sur ce site web n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement les politiques ou positions de l’EJO ou des organisations auxquelles ils sont affiliés.

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