La binationalité en journalisme: quels réels avantages sur le terrain ?

29 août 2022 • À la une, Déontologie et qualité, Formats et pratiques, Pédagogie et formation, Récent • by

La binationalité des journalistes peut s’avérer être une plus-value dans la réalisation d’un sujet, pour autant qu’un certains nombres de principes soient respectés. Photo : Pixabay.

La réalisation d’un reportage de terrain dans un pays étranger comporte obligatoirement une confrontation avec un ensemble de coutumes et interactions culturelles spécifiques de l’endroit. Pour un·e journaliste binational·e, un retour dans le pays d’origine s’inscrit à cheval entre un travail en terrain connu et en terrain inconnu. Cette particularité peut représenter un avantage dans plusieurs étapes de la production journalistique.

Lorsqu’un·e journaliste binational·e revient dans son pays d’origine pour réaliser un reportage, son bagage émotionnel et culturel impacte son rapport au terrain. Ce dernier ne peut être catégorisé comme totalement connu ou inconnu. Il sera question dans cet article de réfléchir à comment cette dualité peut être utilisée comme un atout dans la pratique journalistique spécifique à la réalisation d’un reportage dans le pays d’origine des professionnel·les. En ce sens, un parralèle peut être fait avec la conclusion de Laura Navarro, Karen Ross et Eugénie Saitta, professeures dans différentes universités européennes, qui avancent notamment que « la possibilité de porter des regards différents sur l’actualité, les sujets traités, les publics visés, les groupes sociaux couverts, semble […] conditionnée à l’existence d’une pluralité parmi les profils de journalistes, du point de vue notamment de leurs appartenances et de leur positionnement social» (2019 : p.7).

Une proximité à distance

En élargissant les concepts applicables aux enquêtes ethnologiques et anthropologiques et, dans la mesure où le travail des journalistes peut être apparenté sur certains aspects à un travail en sciences sociales (Charon : 1996 : p.25), lorsqu’un·e journaliste réalise une production qui s’inscrit dans un terrain d’analyse avec laquelle elle ou il est lié·e de manière particulièrement étroite, elle ou il travaille dans ce qui est appelé un terrain proche ou un milieu familier (Beaud, & Weber : 2003 : p.51). Cette proximité peut être amenée par tout type de lien et notamment celui de la nationalité ou du lieu d’origine.

D’un autre côté, l’expérience de la nationalité étant vécue à distance – dans l’hypothèse d’une personne binationale vivant en Suisse – l’expérience de terrain incarnera de toute évidence des surprises pour la·le journaliste. Que ce soit parce que le lien affectif et culturel a été créé exclusivement au travers de l’éducation familiale ou que l’imaginaire du lieu de résidence a influencé la représentation du pays d’origine, le bagage culturel d’une personne binationale – même proche de son pays – ne peut pas s’apparenter à une connaissance profonde et globale du terrain du pays d’origine et donc à une familiarité absolue. Les recherches préalables indispensables à un travail d’enquête ne suffisent en effet pas à compenser un éventuel manque en la matière (Beaud, & Weber : 2003 : p.61). L’ensemble des notions culturelles qui tissent et forment l’identité d’une communauté est plus complexe que cela, et ne peut pas être acquis simplement de cette façon (Belkaïd, & Gerraoui : 2003 : p.124).

En somme, bien qu’il existe une proximité indéniable avec le terrain d’analyse, celle-ci ne peut pas être désignée comme une familiarité intacte. L’approche du terrain, dans le cas des journalistes binationaux qui retournent dans leur lieu d’origine, représente donc des caractéristiques hybrides propres aux définitions de la familiarité et de l’altérité.

Cette ambivalence n’est pas abordée en tant que telle dans la littérature académique. Les ouvrages soulignent indépendamment des avantages et des inconvénients aux situations générales de familiarité ou d’altérité absolue. Dans le cas d’une situation à mi-chemin, quelles spécificités doivent être prises en compte dans les différentes étapes de la production journalistique afin de tirer le meilleur parti de cette familiarité et, respectivement, de cette étrangeté ? Ces points sont discutés ci-dessous.

Naviguer dans la familiarité en étant binational·e

La façon de se présenter, physiquement ou verbalement, a une influence sur les informations récoltées lors d’un travail de terrain, car elle peut influer sur l’attitude des interlocuteur·ices et définir la confiance qui est accordée à la personne en face, qu’elle soit chercheuse ou journaliste (Beaud, & Weber : 2003 : p.108-109). Cette constatation est d’autant plus vraie dès lors que le sujet du reportage s’intéresse à une thématique sensible qui nécessite d’entrer dans la sphère émotionnelle de l’interviewé·e (Kaufmann : 1996 : p.51-52). Dans cette entrée en matière, l’anthropologue Leila Drif accorde une importance particulière au « moment préalable à toute observation » (2020 : p.15). Dans son expérience de terrain au Liban, le fait d’être racisée comme « arabe » a de toute évidence joué un rôle important dans le cadre de son travail de terrain. Cela lui a permis d’accéder plus rapidement à un degré de familiarité élevé avec ses interlocuteur·ices (Drif : 2020 : p.9). Ces mêmes personnes ont néanmoins recommandé de parfois jouer de son externalité par rapport au terrain, soit de sa nationalité française, pour aborder plus facilement d’autres groupes, notamment des membres d’institutions officielles (Drif : 2020 : p.16). Selon la chercheuse, cette dualité lui a permis d’utiliser sa familiarité, supposée dans un premier temps par son apparence ethnique et l’étymologie de son nom, pour obtenir les meilleures réponses possibles sur le terrain.

Les paramètres d’appartenance culturelle et nationale sont donc modulables à l’avantage des journalistes binationaux·ales. Il semble ainsi important de les appréhender en amont, sans s’arrêter à sa propre perspective. La ou le journaliste binational·e doit, par exemple, s’attendre à ce que son statut d’étranger·ère soit mis en avant, dès lors qu’il reflète un intérêt international pour la thématique et peut susciter de la fierté auprès des intervenant·es. Un sentiment favorablement exploitable pour la poursuite d’un entretien (Kaufmann : 1996 : p.51). La présentation de la dualité de son identité lui permettra ensuite d’aborder l’entretien en situation de plus grande familiarité.

Concernant les entretiens avec les intervenant∙es rencontré∙es sur le terrain, opter pour une approche dite en sciences sociales semble la méthode la plus appropriée. La flexibilité que permettent les entretiens semi-directifs semble, par exemple, pertinente lorsqu’il existe une familiarité ambiguë (Agnès : 2008 : p.266). Les journalistes doivent faire preuve d’un maximum d’humilité, malgré leurs connaissances relatives du terrain, pour ne pas imposer leurs propres hypothèses à leurs interlocuteur∙ices (Blanchet, & Gotman : 2007 : p.78). Des sujets non soupçonnés peuvent ainsi apparaître dans ce qui s’apparente à une conversation sociale classique (Kaufmann : 1996 : p.47). Cette technique d’ouverture du questionnement permet de palier à la méconnaissance partielle des journalistes binationaux∙les sur ce terrain qui n’est pas entièrement familier, comme précédemment démontré.

Ainsi, la frontière entre interviewer et interviewé devient plus fine car moins balisée par des questions-réponses encadrées. Il faut alors rester attentif∙ve, en tant que journaliste, à maintenir une distance qui permet de collecter des informations mobilisables dans du contenu journalistique (Kaufmann : 1996 : p.48). Afin de maintenir ce recul, il semble impératif d’appréhender en amont, comme pour le premier moment de la présentation, les éléments de familiarité et d’altérité entre les deux personnes concernées. La∙le chercheur∙euse, ou dans ce cas la∙le journaliste, représente en effet un relais par lequel l’information va nécessairement transiter (Masson, & Haas : 2010 : p.6). L’interviewé∙e s’adressera toujours à la personne qui se présente devant lui en tant qu’individu singulier. Son discours sera alors modulé par sa propre perception de la personne en face  (Masson, & Haas : 2010 : p.7). Jean Baptiste Legarve, directeur de l’École de journalisme de l’Institut français de la presse, insiste sur cette absence de neutralité, même dans un entretien semi- directif, longtemps loué pour offrir un « reflet » parfait de l’interviewé∙e, sans interférence de l’interviewer: « [O]n le sait, la seule présence de l’enquêteur produit des effets. Ces effets, là aussi, ne peuvent être pensés par les adeptes de la non-directivité que comme des interférences […]. L’enquêté, que l’enquêteur le veuille ou non, a une représentation de l’enquêteur qui influe sur la parole produite […]. L’enquêté ne parlera pas avec lui comme il parlera avec d’autres » (1996 : p.213). En transposant cette méthode sociologique à l’interview journalistique, les mêmes arguments niant une complète neutralité dans l’interaction s’appliquent. Cette constatation confirme le présupposé d’une influence de la double nationalité des journalistes dans le cas d’un retour dans le pays d’origine et implique des paramètres à considérer en lien avec une proximité exacerbée. Comme dit par Leila Drif, « c’est au final la prise en compte [des] assignations identitaires dans leur dimension relationnelle et dialogique » qui permet de gérer les entretiens (2020 : p.16).

Retour du terrain: la rédaction du projet journalistique

La personnalité des journalistes peut transparaître dans tous les stades de la production journalistique. En plus du travail de terrain, la rédaction d’un reportage a posteriori mobilise des connaissances liées au vécu et potentiellement à une proximité avec la thématique traitée. C’est dans cette perspective que la dualité de l’identité binationale peut permettre un ancrage à la fois dans le terrain d’analyse et dans le terrain de diffusion.

Premièrement, le sujet du reportage étant par définition proche de la personnalité du journaliste, il peut se poser la question de la narration à la première personne. Ce style rédactionnel n’est pas exclu des reportages mais, comme l’indique le reporter belge Alain Lallemand, l’utiliser « c’est prendre le risque de se mettre en position de domination du récit et du lecteur et d’imposer à son public une présence superflue » (2011 : p.73). Ce choix n’admet malgré tout pas une prise de position forcément plus marquée de la part des journalistes que ce qui serait le cas dans une narration à la troisième personne, celle-ci n’étant pas forcément gage d’objectivité (Lallemand : 2011 : p.71). Se porter vers l’un ou l’autre des pronoms reste à la discrétion des journalistes qui gardent alors en tête l’influence que cette décision peut avoir sur la production finale.

Pour le cas d’une personne binationale, une narration à la première personne permet par exemple de mettre en scène son bagage culturel comme point d’entrée dans le récit. Cette démarche peut aussi se justifier par une envie de tendre vers une sorte de transparence, en faisant preuve notamment d’une certaine honnêteté des intentions. Lorsque le but premier de l’article est de retracer une expérience vécue par la ou le journaliste et les impressions qui en découlent, une narration à la première personne permet de transmettre ces ressentis à l’audience. L’ambivalence de la double nationalité peut ainsi devenir un élément central du récit comme dans l’article du journaliste binational suisse et tunisien Sami Zaïbi qui retrace son retour en Tunisie pour les 10 ans de la révolution.[1]

Un contre point de ce raisonnement serait que la ou le journaliste prenne une importance non souhaitée dans la narration. Le but premier peut être de porter la voix des personnes interviewées sans pour autant s’imposer dans la reproduction de leur vécu. Sami Zaïbi, également familier du milieu de la toxicomanie de par le vécu de son père, explique après un reportage sur cette thématique son choix de ne pas utiliser cette fois une narration à la première personne: « Ma familiarité avec la problématique me permet peut-être de mieux relayer ce vécu, mais ne m’autorise pas à en parler comme s’il était mien » (Zaïbi : 2019 : p.16).

La ou le journaliste binational∙e vise la satisfaction de l’intérêt du public cible en apportant les éléments essentiels à la bonne compréhension et interprétation des faits, par-dessus les éléments relatifs à son approche personnelle. Dans tous les cas, elle ou il doit choisir si elle·il met en avant sa proximité avec le sujet ou non, les deux options apportant leurs bénéfices et n’excluant pas le respect des normes déontologiques. Dans la rédaction, son intérêt personnel doit être mis de côté, à moins qu’il soit rendu visible pour l’audience que le texte se rapporte à une opinion personnelle, au sens de l’article 2 de la déclaration et de la directive 2.3 qui lui est liée.[2] Une totale prise de distance reste néanmoins impossible ni même souhaitable, peu importe le format visé. Cette affirmation s’applique au moment de mener une interview, comme il a été démontré plus haut, mais aussi au moment de faire un compte-rendu d’enquête ou d’écrire un article (Blanchet, & Gotman : 2007 : p. 106).

Finalement, la question du sentiment d’utilité se pose aussi. Il est possible que les journalistes binationaux·les, en plus de faire leur travail, veuillent apporter une aide à leur pays d’origine. La possibilité de relater dans un pays tiers certains faits peut, par exemple, réveiller une conscience à l’étranger sur une problématique locale en lien avec le pays de diffusion. Cette conséquence peut être même attendue par les intervenant·es rencontré·es sur le terrain.[3] Cette vision s’apparente, dans une certaine mesure, au journalisme dit « humanitaire », dans son intention d’améliorer les conditions de vie de certaines personnes (Bunce, Scott, & Wright : 2019 : p.1). Ce courant comporte des problématiques propres (Marthoz : 2018 : p.193). Le « sentiment humanitaire », dans le sens de placer l’humain et l’empathie au centre de la pratique journalistique, ne doit pas primer face à « la complexité des situations de crises » (Marthoz : 2018 : p.194). Le respect des règles déontologiques citées plus haut minimise cet écueil et, dans cette optique, les connaissances de la ou du journaliste binational·e permettent le reflet d’une réalité pluridimensionnelle, qu’il ou elle appréhende au travers de son propre vécu et pas seulement comme une personne qui observe une situation de loin.

Ancrée à la fois dans le terrain d’analyse et dans le pays de diffusion, l’identité dude la journaliste binational.e permet d’apporter une certaine sensibilité à des thématiques propres à un pays, d’appréhender le terrain dans sa complexité, d’intensifier les contacts avec les intervenantes et de restituer une vision détachée de stéréotypes pour un public externe.

Les limites du vécu

Les attributs associés au statut de binational·e se basent sur un parcours de vie spécifique. Certaines personnes accordent une grande importance à leur héritage, d’autres non. Affirmer que tous les binationaux·ales s’identifient aux deux cultures que leurs papiers d’identité leur attribuent est faux. Il s’agit d’un élément d’identité personnelle qui se construit par l’expérience de chacun·e. Le raisonnement de ce travail ne peut donc s’appliquer qu’aux journalistes binationaux·les qui ont gardé un lien avec leur pays d’origine. D’autres recherches seraient nécessaires pour pouvoir appréhender les spécificités des cas de figure qui incarnent des configurations migratoires différentes.


[1] « A Tunis je vis en apnée ». Heidi.news. Sami Zaïbi (11 janvier 2021). Disponible sur https://www.heidi.news/ explorations/tunisie-c-est-quoi-la-suite-un-dragon/a-tunis-je-vis-en-apnee

[2] La Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste disponible sur https://presserat.ch/fr/code-de-deontologie- des-journalistes/erklaerungen/

[3] Glencore contre la Colombie. Le Courrier. Anna Jikhareva, Toni Keppeler, Kaspar Surber (17 février 2022). Disponible sur https://lecourrier.ch/2022/02/17/glencore-contre-la-colombie/ et Firmes suisses toutes puissantes en Colombie. Le Courrier. Christophe Koessler (17 février 2022). Disponible sur https://lecourrier.ch/2022/02/17/firmes-suisses-toutes- puissantes-en-colombie/


Bibliographie

AGNÈS, Yves (2008). Le reportage. Dans AGNÈS, Yves (dirs.). Manuel de journalisme. Écrire pour le journal (pp. 257-273). La Découverte

BEAUD Stéphane, & WEBER Florence (2003). Guide de l’enquête de terrain. La Découverte

BELKAÏD, Nadia, & GUERRAOUI, Zohra (2003). La transmission culturelle: Le regard de la psychologie interculturelle. Dans EMPAN. Vol. 51 (p.124-128). Disponible sur https://www.cairn.info/revue- empan-2003-3-page-124.htm

BLANCHET, Alain, & GOTMAN, Anne (2007). L’enquête et ses méthodes: L’ Armand Colin

BUNCE, Mel, SCOTT, Martin, & WRIGHT, Kate (2019). Humanitarian journalism. Disponible sur https://openaccess.city.ac.uk/id/eprint/21369/

CHARON, Jean-Marie (1996). Journalisme et sciences sociales. Proximités et malentendus. Dans Politix. Revue des sciences sociales du politique. Vol. 9 (p.16-32). Disponible sur https://www.persee.fr/ doc/polix_0295-2319_1996_num_9_36_1977

DRIF Leïla (2020). Circuler entre ses assignations identitaires : Accès au terrain et dispositif relationnel d’enquête dans les milieux de l’aide internationale aux réfugiés au Liban. Dans Cahiers de l’ Vol. 19. https:// journals.openedition.org/urmis/1786

KAUFMANN, Jean-Claude (1996). L’entretien compré Armand Colin

LALLEMAND, Alain (2011). Journalisme narratif en pratique. De Boeck

LEGARVE Jean-Baptiste (1996). La «neutralité» dans l’entretien de recherche. Retour personnel sur une éDans Politix. Vol. 9 (p. 207-225). Disponible sur https://www.persee.fr/doc/polix_0295-2319_1996_num_9_35_1965

MASSON Estelle, & HAAS Valérie (2010). Dire et taire: L’intersubjectivité dans l’entretien de recherche. Dans Bulletin de psychologie. Vol. 505 (p.5-13). Disponible sur https://www.cairn.info/revue- bulletin-de-psychologie-2010-1-page-5.htm

MARTHOZ, Jean-Paul (2018). Journalisme international. De Boeck

NAVARRO Laura, ROSS Karen, & SAITTA Eugénie (2019), Stéréotypes dans l’exercice du journalisme. Dans Sur le journalisme, About journalism, Sobre jornalismo, Vol 8 (p.6-13). Disponible sur https:// revue.surlejournalisme.com/slj/issue/view/19

ZAÏBI, Sami (2019). La pratique journalistique en milieu familier. Mémoire de Master en Journalisme et communication, Académie du Journalisme et des Médias, Université de Neuchâtel (CH)


Cet article est publié sous licence Creative Commons (CC BY-ND 4.0). Il peut être republié à condition que l’emplacement original (fr.ejo.ch) et les auteures soient clairement mentionnés, mais le contenu ne peut pas être modifié.

Cet article est tiré du mémoire de fin de Master de Laura Morales Vega ancienne étudiante à l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel.

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